Ouverture de la voyelle /ɛ/ devant /ʁ/ en syllabe fermée
Description du phénomène
La voyelle /ɛ/ s’ouvre en [a] en syllabe fermée par /ʁ/ suivi d’une consonne.
Symboles phonétiques
Pour rendre l’ouverture de la voyelle antérieure mi-ouverte /ɛ/, on utilise le symbole de la voyelle ouverte [a] ou celui de la voyelle ouverte très antérieure [æ].
Exemples
fermer — [faʁme] — [fɛʁme]
merci — [maʁsi] — [mɛʁsi]
herbe — [aʁb] — [ɛʁb]
Types de conditionnement
L’ouverture se produit lorsque le phonème /ɛ/ se trouve en syllabe fermée par /ʁ/ suivi par une consonne, peu importe que la consonne appartienne ou non à la même syllabe.
Le phénomème d’ouverture se retrouve dans toutes les régions du Québec. Walker (1984) considère qu’il est bien attesté dans les régions de Montréal et de l’Outaouais. Squair (1888) et Sturm (1932) le signalent pour la région de Québec alors que Gendron (1966a, 1966b) et Lorent (1977) font de même pour la Beauce. Hors du Québec, le phénomène est relevé en Acadie par Haden (1973), à Windsor par Hull (1956) et au Manitoba par Thogmartin (1974).
Walker (1984) affirme que cette prononciation est souvent considérée comme rurale ou archaïque alors que Thogmartin (1974) soutient que ce phénomène se retrouve au Manitoba chez les locuteurs moins scolarisés.
On ne dispose pas de données précises sur le sujet, mais le phénomène semble plus fréquent en discours informel qu’en discours formel.
Juneau (1972) a montré que cette prononciation était courante en Nouvelle-France sous le régime français. Ce trait est par ailleurs largement attesté en français depuis le Moyen Âge jusqu’au XVIIe siècle et se retrouve fréquemment dans les parlers du Poitou, des Charentes et du Centre.
Liens avec d’autres phénomènes
Voir les rubriques concernant la fermeture du /a/ en [ɛ] par hypercorrection et l’ouverture de /ɛ/ en finale absolue.
Bibliographie
Dumas 1987 Gendron 1966a, 1966b Haden 1973 Hull 1956 Juneau 1972 Lorent 1977 Squair 1888 Sturm 1932 Thogmartin 1974 Walker 1984