Affaiblissement de /ʃ/ et /ʒ/
Description du phénomène
La constriction des consonnes /ʃ/ et /ʒ/ peut parfois se relâcher jusqu’à ne faire entendre qu’un faible bruit de friction ou même un simple souffle (sourd ou sonore). On désigne aussi ce phénomène par les termes d’aspiration ou de spirantisation (ou mellowing).
Symboles phonétiques
Pour rendre l’affaiblissement de la constriction de /ʃ/ et de /ʒ/, on utilise généralement le diacritique [ ̞]. Lorsque l’affaiblissement est plus important et qu’on n’entend plus qu’un simple souffle, on a recours aux symboles [h] pour la fricative glottale sourde et [ɦ] pour la fricative glottale sonore.
Exemples
bûcher — [byhe] — [byʃ̞e] — [byʃe]
manger — [mɑ̃ɦe] — [mɑ̃ʒ̞e] — [mɑ̃ʒe]
cherchait — [haʁhɛ] — [ʃ̞aʁʃ̞ɛ] — [ʃaʁʃɛ]
congèle — [kɔ̃ɦɛl] — [kɔ̃ʒ̞ɛl] — [kɔ̃ʒɛl]
Types de conditionnement
Parmi les facteurs susceptibles de favoriser l’affaiblissement de la constriction, on a signalé la position interne de mot (Charbonneau, 1957 ; Tassé, 1981 ; Hansen, 1988), de même qu’un entourage vocalique postérieur et/ou ouvert (Charbonneau, 1957 ; Brent, 1971).
Souvent associé à la Beauce (Dulong, 1953 ; Morgan, 1975 ; Lorent, 1977 ; Tassé, 1981), ce phénomène se retrouve dans pratiquement toutes les régions du Québec (Dulong et Bergeron, 1980), notamment dans Lanaudière (Charbonneau, 1957), dans l’Outaouais (Hansen, 1988) et au Saguenay-Lac-Saint-Jean (Bittner, 1993a ; 1993b ; 1995). Il est aussi attesté en Acadie (Charbonneau, 1957 ; Lucci, 1970), en Ontario (Holder, 1972) et au Manitoba (Hull, 1960 ; Hull, 1966 ; Hull, 1968).
La plupart des études (Bittner, 1995) tendent à montrer que le phénomène se retrouve plus fréquemment :
- dans le parler rural ;
- chez les locuteurs masculins ;
- dans les groupes sociaux les moins favorisés.
Tassé (1981), par contre, soutient qu’en Beauce, l’aspiration se retrouve chez les locuteurs des deux sexes, groupes d’âge et classes sociales confondus, à l’exception peut-être des sujets les plus scolarisés.
Il y a des indications qui permettent de croire que l’affaiblissement relève plus du style informel que du style formel.
Selon Juneau (1972), ces prononciations sont d’origine poitevino-saintongeaises. Elles seraient apparues peu avant l’émigration vers la Nouvelle-France. L’aspiration semblait encore bien vivante dans les parlers régionaux de France, en particulier dans les Charentes, à l’époque des grandes enquêtes dialectologiques (Bittner, 1995).
Bibliographie
Bittner, 1993a, 1993b, 1995 Brent, 1971 Charbonneau, 1957 Chidoine, 1967 Dulong, 1953 Dulong et Bergeron, 1980 Gendron, 1966a, 1966b, 1970 Hansen, 1988 Holder, 1972 Hull, 1960, 1966, 1968 Juneau, 1972 Lorent, 1977 Lucci, 1970 Morgan, 1975 Santerre ???, 1976 Tassé, 1981 Vinay, 1973 Vincent et Sankoff, 1975 Walker, 1984