Antériorisation de la voyelle nasale /ɑ̃/
Description du phénomène
La voyelle nasale postérieure /ɑ̃/ est souvent réalisée en français québécois comme une voyelle antérieure nasalisée [ã], parfois même légèrement fermée en [æ̃]. Les cas extrêmes d’antériorisation s’accompagnent d’une fermeture concomitante qui rapproche la réalisation de celle de la mi-ouverte [ɛ].
On notera, par ailleurs, que les voyelles nasales en français québécois sont senties comme étant moins nasalisées que celles du français européen (Gendron 1966a, 1966b ; Charbonneau 1971).
Symboles phonétiques
Pour rendre cette réalisation antériorisée de la nasale /ɑ̃/, on utilise le symbole [ã], ou encore [æ̃] s’il y a en plus une légère fermeture de la voyelle.
Exemples
français — [fʁãsɛ] — [fʁɑ̃sɛ]
bilan — [bilæ̃] — [bilɑ̃]
dément — [demã] — [demɑ̃]
Types de conditionnement
L’antériorisation de /ɑ̃/ en [ã] est plus marquée en syllabe ouverte et en syllabe accentuée (Paradis 1985 ; Gendron 1966a, 1966b).
D’après Gendron (1966a, 1966b), la règle s’applique pour tout le Québec. Le phénomène a aussi été observé en franco-ontarien par Thomas (1986).
Malgré le commentaire de Gendron (1966a, 1966b) qui associe le phénomène au parler rural, il semble que l’antériorisation de /ɑ̃/ se retrouve dans tous les groupes sociaux bien qu’elle soit moins marquée chez les individus les plus scolarisés.
Travaillant sur le parler de la région de Sudbury en Ontario, Thomas (1986) remarque une légère auto-correction en lecture chez les sujets qui antériorisent le plus.
D’après Juneau (1972), F. de La Chaussée relève un /ɑ̃/ moins nasal et plus antérieur que son correspondant français dans le centre-ouest de la Vendée.
Bibliographie
Brent 1971 Charbonneau 1971 Gendron 1966a, 1966b Juneau 1972 Paradis 1985 Seguinot 1968 Thomas 1986 Walker 1984