Fermeture de la voyelle /ɑ/
Description du phénomène
En finale absolue accentuée et en syllabe intérieure de mot inaccentuée, le /ɑ/ peut se fermer en [ɒ] ou en [ɔ]. Le phénomène peut aussi s’appliquer au [ɑ] résultant de la postériorisation du /a/. La prononciation du son [ɒ] est plus fermée que celle du [ɑ] et se confond pratiquement avec celle du [ɔ].
Symboles phonétiques
Pour rendre la fermeture du /ɑ/, on utilise le même symbole que celui utilisé pour rendre la voyelle ouverte postérieure en le plaçant à l’envers : [ɒ], ou encore celui du /ɔ/ ouvert.
Exemples
pas — [pɔ] — [pɑ]
rat — [ʁɔ] — [ʁɑ]
bois — [bwɔ] — [bwɑ]
carreau — [kɔʁo] — [kɑʁo]
gâteau — [gɔto] — [gɑto]
départ — [depɔʁ] — [depɑʁ]
Types de conditionnement
Le /ɑ/ peut se se fermer et s’arrondir quand il se trouve en syllabe finale non entravée. Chez les locuteurs qui ne diphtonguent pas, la fermeture peut aussi se produire en syllabe finale entravée (il part) ou en syllabe interne (carreauté).
Le phénomène est observé partout au Canada français. Il l’est particulièrement à Montréal (Santerre 1976a, 1976f), à Windsor (Hull 1956), au Manitoba (Thogmartin 1974), sur la côte de Beaupré (Squair 1888) et dans le comté de Dorchester, Québec (Gendron 1966a).
Santerre (1976c, 1976f) relève ce phénomène dans le parler populaire et Gendron (1966a) dans le parler rural. Tous les groupes sociaux utilisent un [ɑ] fermé en finale. La prononciation en [ɒ] à l’interne est sans doute plus populaire.
Le phénomène est beaucoup moins fréquent en situation formelle qu’en contexte informel. La fermeture du /ɑ/ en syllabe interne est jugée de façon beaucoup plus défavorable qu’en finale de mot. Certains locuteurs, par hypercorrection ou par confusion entre [ɑ] et [ɔ], utilisent une forme plus près de [a] dans certains contextes formels. Ces locuteurs prononçant Noël [nɑɛl] et d’accord [dakɑʁ] peuvent alors être taxés de snobisme.
Même si le français possédait autrefois beaucoup plus de /ɑ/ postérieurs et fermés que le français d’aujourd’hui, Juneau (1972) suggère une origine dialectale pour cette prononciation en [ɔ]. De très nombreux exemples ont été signalés dans les régions du Nord, de l’Ouest et du Centre de la France.
Liens avec d’autres phénomènes
Voir les rubriques concernant la Postériorisation de la voyelle /a/ et la diphtongaison.
Bibliographie
Dumas 1986, 1987 Gendron 1966a, 1966b Hull 1956 Juneau 1972 Santerre 1976c, 1976f Squair 1888 Thogmartin 1974 Walker 1984