Chute de la consonne /ʁ/

essentiel
Mots clés

phono, phonétique, Québec, Canada, français, langue, phonétisme, variation, régions, régional, social, style, sociolinguistique

Description du phénomène

Chute ou amuïssement de la consonne /ʁ/ dans certains contextes.

Symboles phonétiques

Puisque le /ʁ/ n’est pas prononcé, on n’utilise pas de symbole pour le représenter.

Exemples

trois — [twɔ] — [tʁwɔ]

parce que — [paskə] — [paʁskə]

sur le bureau — [sylbyʁo] — [syʁləbyʁo]

Types de conditionnement

Le /ʁ/ peut disparaître surtout :

  • après une voyelle finale (abrégée V) et avant une pause : V+(ʁ)+#, le symbole # indiquant une frontière de mot (il part) ;

  • après une voyelle finale, mais suivi par un mot commençant par une consonne (abrégée C) : V+(ʁ)+# #+C (père supérieur) ;

  • après des consonnes occlusives et fricatives labio-dentales dans position avant pause : C+(ʁ)+# (dans l’arbre).

Mais aussi :

  • avant occlusives et fricatives antérieures internes et finales de mot : V+(ʁ)+C et V+(ʁ)+# (forte) ;

  • après une consonne et suivi de /w/ : C+(ʁ)+w (trois) ;

  • dans des mots-outils :

sur la table — /syʀlatabl/ — [sɥatab] ou [sa:tab]

Le /ʁ/ ne peut chuter dans les contextes suivants :

  • en position initiale : #+ʁ (radis) ;

  • à l’intervocalique : V+ʁ+V (parent) ;

  • à la finale vocalique d’un mot et suivi d’un mot commençant par une voyelle : V+ʁ+# #+V (cher ami) ;

  • (facultatif) après une consonne et suivi d’une voyelle ou de la semi-consonne /ɥ/ : C+ʁ+V, C+ʁ+ɥ (frite, truite).

Le phénomène se retrouve partout au Québec et au Canada français.

D’après Juneau (1972) et Deshaies (1974), la chute de /ʁ/ est plus fréquente dans les milieux populaires. Deshaies note également que l’âge n’a pas d’influence pas la chute de /ʁ/. En parole spontanée, le rapport est inversé à Sudbury, en Ontario, où Thomas (1986) remarque que les milieux favorisés élident grandement. Il observe de plus que les filles élident toujours en parole spontanée, ce que font moins les garçons.

D’après Deshaies (1974), le /ʁ/ est moins fréquemment élider en style formel qu’en style informel. Thomas (1986) tire des conclusions semblables concernant le franco-ontarien de Sudbury.

D’après Juneau (1972), le /ʁ/ final n’était pas prononcé en France du XIIIe au XVIIe siècle. En effet, la chute du /ʁ/ à l’oral dans des mots comme mercredi, peut-être et dans des finales en –eur, –oir, –ir remonte, dans certains cas, au XIIIe siècle. Le /ʁ/ a été conservé par l’effort des grammairiens. Au moment de la colonisation, l’Ouest de la France résistait à la réinsertion du /ʁ/ dans les contextes où il avait disparu. Le /ʁ/ implosif élidé a été maintenu jusqu’au XIXe siècle en Normandie. La chute de /ʁ/ en groupe consonantique final était également observée dans le parisien populaire et dans les provinces du Nord de la France au XVIIe siècle.

Liens avec d’autres phénomènes

Voir la rubrique concernant la réduction du groupe consonantique final.

Bibliographie

Brent 1971 Charbonneau et Marchal 1979 Deshaies-Lafontaine 1974 Gendron 1966a Hull 1956 Juneau 1972 Laberge et Chiasson-Lavoie 1971 Santerre 1976f Squair 1888 Thomas 1986 Walker 1979, 1984

Réutilisation