Effacement du schwa

essentiel

Description du phénomène

Le schwa (ou cheva) tombe dans certains contextes. Cette règle est facultative et fort complexe. Elle s’applique aux mots pleins, mais surtout aux pronoms non accentués (je, me, te, se, le…) et à certains mots-outils (que, de…). Nous ne pouvons traiter tous les aspects de cette règle puisque nous limitons nos commentaires au mot (cf. la section conditionnement linguistique).

Symboles phonétiques

Lorsque le schwa est élidé, aucun symbole n’est ajouté.

Exemples

retenir — [ʁtəniʁ] — [ʁətəniʁ]

cheval — [ʃfal] — [ʃəval]

je veux — [ʒvø] — [ʒəvø]

le tien — [lt͜sjɛ̃] — [lət͜sjɛ̃]

Types de conditionnement

Traditionnellement, on considère comme schwa tous les –e– orthographiques. Il n’est toutefois pas facile de déterminer si un son [ə] constitue une réalisation du phonème /ə/ ou du phonème /œ/. Ces deux phonèmes ont des distributions presque complémentaires : /œ/ apparaît presque exclusivement en syllabe ouverte tandis que /ə/ est principalement attesté en syllabe fermée. À l’instar de Morin (1974), on peut considérer comme schwa les réalisations [œ], [ə] et même [ø] qui peuvent alterner dans un mot donné avec une réalisation nulle ou zéro : /məsjø/. Inversement, on estimera que les mêmes réalisations sont celles de /ə/ lorsque l’alternance avec une réalisation nulle est impossible : secrétaire /səkʀetɛʀ/ en FQ.

La règle d’effacement de schwa n’est pas obligatoire. Voici les contraintes qui régissent l’application de cette règle en français québécois dans le cas des mots simples et des séquences constituées telles qu’indiqué ci-dessus :

  • L’effacement du schwa s’effectue dans presque tous les cas lorsqu’il est suivi d’une voyelle (j(e) aime, mais le héros).

  • Contrairement au français européen qui maintient fréquemment le schwa dans les pronoms non accentués et les mots-outils monosyllabiques, celui-ci s’efface régulièrement dans ces contextes en français québécois (j(e) dis). L’effacement du schwa se fait non seulement lorsque le schwa est suivi d’une voyelle, mais aussi devant une consonne (j(e) veux).

  • L’effacement de schwa peut se produire devant :

    • une constrictive ou une affriquée qu’elle soit suivie ou non d’une consonne (ch(e)veu, p(e)tite)

    • une occlusive ou une constrictive suivie d’une semi-consonne (l(e) bien, d(e)voir)

    • une occlusive suivie d’une liquide (j(e) prends)

  • Le schwa ne s’efface pas s’il est précédé de deux consonnes appartenant à la même syllabe (preniez). Quand il est précédé de deux consonnes appartenant à des syllabes différentes, il peut tomber ou rester intact (gouvern(e)ment), ou s’il est suivi de /ʁj/ ou de /ʁw/ (goût(e)riez, Œdip(e)-roi).

  • En FQ, seul le second schwa tombe dans les suites de monosyllabes (je l(e) veux). Dans les mots polysyllabiques, le premier, et non le second, est généralement effacé (r(e)tenir). Notons que si deux consonnes deviennent contiguës à la suite de la chute d’un schwa, et que l’une d’elles est sourde alors que l’autre est sonore, la consonne sourde a tendance à assourdir la sonore : je fais [ʃfɛ], cheveu [ʃfø].

Le phénomène est général au Québec. Walker (1984) remarque que le schwa chute beaucoup plus souvent en français québécois que dans le français standard de France. En français européen, le premier ou le second schwa de syllabes adjacentes peut tomber, mais non les deux. En français québécois, la règle d’effacement de schwa s’appliquant de droite à gauche, c’est le second schwa qui a tendance à tomber dans les suites de monosyllabes (je l(e) veux). Dans les polysyllabes, alors que le premier schwa a tendance à se maintenir en français européen, il tombe régulièrement en français québécois (en FE dev(e)nir, en FQ d(e)venir).

On ne dispose dispose de peu de données sur cet aspect du phénomène. Morin (1974) considère qu’en français européen comme en français montréalais, la chute de schwa est socialement conditionnée. En effet, dans les séquences contenant plus d’un schwa, les locuteurs des classes les plus favorisées ont tendance à conserver le premier et à laisser tomber le second (ret(e)nir). Ce serait l’inverse pour les locuteurs de niveau social moins favorisé (r(e)tenir). Les études sur ce point sont encore à faire.

En français européen comme en français québécois, Morin (1974), Picard (1974b, 1981) et La Follette (1960) remarquent que le schwa est maintenu en contexte d’insistance, chaque syllabe étant alors accentuée. Ils notent également que les schwas tombent plus facilement en débit rapide. Concernant le français en général, Morin précise que plus le style est recherché, plus les locuteurs conservent les schwas alors que Picard remarque qu’en français québécois, la non-application de la règle d’effacement de schwa donne l’impression que le locuteur manque de naturel.

On ne dispose pas de données historiques sur ce phénomène.

Liens avec d’autres phénomènes

Voir la rubrique concernant la métathèse de /ʁə/ et de /lə/

Bibliographie

Brent 1971 La Follette 1960 Morin 1974 Picard 1974b, 1981 Pupier et Pelchat 1972 Walker 1984